14 mai 2007
Vanilla's fiction (4)
"Du pain frais. Voilà ce dont j'avais soudain envie. Une mie blanche et moelleuse, une croute dorée, avec de petites strilles sur le dessous, à cause de la cuisson et un revers plus foncé sur le dessus. Un pain croquant, avec un peu de beurre salé. Et l'enfance qui me revient, douce comme ce printemps qui commence, douce comme ses lèvres sur ma nuque, comme le pelage brun du furet qu'il m'a offert et qui se love au creux de la couette.
J'aspire à cet été qui vient, mais c'est au début de l'hiver que je l'ai rencontré. Une bouche fine mais marquée, des sourcils clairs légèrement en bataille, un regard gris qui me rappelait un ciel d'orage. La mâchoire volontaire qui s'arrondissait dans le bas, le grain de la peau, parsemé de poils naissants d'un blond clair me donnaient la chair de poule."
13 avril 2007
Vanilla's fiction (3)
Il l'avait attirée dans la chambre en prétextant l'essayage d'un nouveau costume acquis dans une boutique de luxe quelques jours plus tôt. Docile, elle s'était laissée prendre par la main et avait rosi de plaisir lorsqu'il lui avait annoncé que c'était faux, qu'il avait un cadeau pour elle. Elle était curieuse mais s'était prêtée au jeu.
Face au mur elle attendit son présent, sourire aux lèvres. Elle l'entendit sortir quelque chose de l'armoire derrière elle et serra les paupières un peu plus fort pour s'empêcher de tricher. Il lui avait fait promettre de ne pas se retourner sans son accord. Elle entendit le coup partir, mais n'eut pas le temps de réaliser que la balle transperçait déjà sa boîte crânienne, déchirant par milliards les micros parcelles de son cerveau, éclatant les pensées, déchiquetant sa conscience. La balle se logea dans le mur après avoir formé un trou parfait sur son front. Son corps s'abattit sur la table de nuit, brisant la lampe de chevet et le cendrier qui s'y trouvaient. Elle roula sur le sol, des cendres de tabac collées sur sa joue, du sang visqueux dégoulinant sur la moquette beige de la chambre.
Quelques minutes auparavant, il était entré dans la seconde chambre, s'était saisit de leur enfant de huit mois et l'avait porté à bout de bras jusqu'à sa propre chambre. Il avait baisé le front du bambin endormi et l'avait propulsé du haut du balcon jusque dans la piscine de l'hôtel trois étages plus bas. Sa femme regardait la télévision dans le salon et n'avait pas entendu le bruit sourd qu'avait fait l'enfant en percutant l'eau désertée à cette heure. Il avait espéré que la fragilité de ce petit corps ne résisterait pas au choc, ne souhaitant pas que son enfant ait à endurer l'affreuse souffrance de l'éclatement de ses petits poumons sous la pression de l'eau qu'il aurait ingurgité par gorgées.
Il était retourné au salon, arborant un sourire serein et avait frictionné un instant les épaules de sa femme avant de lui proposer une séance d'essayage dans la chambre.
Il dirait a la police que sa femme était devenue folle suite à une dispute, qu'elle avait saisit le bébé, l'avait jeté avec rage par la fenêtre et qu'il n'avait pas su réagir, qu'il l'avait abattue d'une balle alors qu'elle lui tournait le dos. Il ne ferait pas de prison, il repartirait à zéro, ailleurs, dans une autre ville, portant son drame comme une couronne, se faisant plaindre dans des réunions de charité, auprès de femmes stupides et serviles.
29 mars 2007
Vanilla's fiction (2)
La surveillante traverse la cour. Le vent fait virevolter une mèche brune sur son front et le soleil chauffe son visage. Sa peau encore pâle au sortir de l'hiver prend des couleurs plus douces. Elle entend les slogans des manifestants devant la préfecture toute proche. "première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d'immigrés...". Elle se dit qu'ils n'ont pas tort et que sous un si beau soleil de mars rien ne lui manque plus que l'harmonie des Hommes pour être parfaitement heureuse. Alors qu'elle n'a plus de raison de pleurer sur son sort, elle se surprend les soirs de fin de semaine à pleurer devant le journal télévisé, devant ces images d'un prêtre belge noir victime de racisme, devant ces noms d'enfants disparus, ces femmes battues ou violées, ces guerres qui ravagent les villes et les vies... Le monde ne lui semble alors que tristesse et brutalité, vengeance et trahison. Il lui semble pourtant que la paix n'est pas qu'un idéal et que dispenser la joie autour de soi est bien plus gratifiant et offre bien plus de possibilités que le compte en banque d'un trafiquant d'armes.
Elle atteint enfin la porte du secrétariat et sent alors quelques fines goutes sur son visage. Il crachine, cet après midi elle profitera d'un arc en ciel.
19 mars 2007
Vanilla's "bic" (c)
"Genre", on me propose de contribuer à l'écriture d'une chanson. A moi. Hahaha.
15 mars 2007
Vanilla's fiction (1)
Elle plonge sa chevelure dans l'eau bouillante du bain. Elle voudrai mourir, là maintenant, dans cette chaleur étouffante, avec ses pensées noires et son corps -étranger- qui suffoque. La crise de nerfs commence. Elle la laisse venir, pas question de la retarder et pas la force non plus. Elle sent les pensées sournoises violer son esprit, comme un homme viole une enfant sans défense. Les sanglots viennent enfin et elle pleure, bouche ouverte, comme un nourrisson. Depuis quand n'a t-elle pas pleuré ainsi, elle l'ignore, rien ne lui soucie plus que d'écouter le battement de son propre coeur amplifié à ses oreilles par l'eau brûlante. Elle se dit que ce rythme régulier va l'apaiser, mais le bruit est sourd et déclenche en elle une nouvelle crise. Elle hallucine maintenant. Elle croit voir des visages menaçants se pencher au dessus de la baignoire, des visages flous à travers ses larmes. Elle croit entendre les injures qu'ils lui lancent -trainée...menteuse...souillure...- et ferme les yeux. Lorsqu'elle reprend une respiration plus régulière elle les entrouvre , ils ont disparu. Elle regarde son ventre, ses cuisses, tout ce corps qu'elle supporte chaque jour comme une vilaine pelisse et espère qu'il va fondre comme un sucre dans cette eau trop chaude. Elle pense à la légèreté d'un squelette, à la légèreté d'une âme.
